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Chronique d'une ânière débutante - L'école de la patience.

27/12/2010 - Lu 1075 fois
  • Note moyenne : 5.00/5

Note moyenne : 5.0/5 (1 note)

Ou comment apprendre à ne jamais se décourager, quelque soit l'ampleur de la tâche...


J'ai acheté deux petits ânes du Cotentin, le 1er février. Je ne connais pas leur âge, leur lieu de naissance, leur vécu, la femelle va avoir un petit dans moins de deux mois. Je ne sais pas si le mâle est le Père, ni même s'il a lien de parenté avec la femelle...
Pour tout dire, c'est loin d'être un achat idéal ! Mon côté « sauveuse » a pris le dessus et je me retrouve avec des bêtes à problèmes.
Avec le mâle, les choses s'annoncent assez bien : je lui trouve un nom sans trop de mal : Il s'appellera Pollux. Oui comme le chien de l'émission pour enfant ! Pollux a longtemps été mon animal préféré. C'est aussi le nom d'une étoile, la plus brillante de la Voie lactée.
C'est aussi le nom du plus généreux des frères qui donna la moitié de son immortalité à Castor, son jumeau.
Oui, je sais, je vais chercher loin les noms de mes animaux...
En fait, cela lui va très bien. Ce qui compte, c'est qu'il réponde à son nom !
Pollux est un étalon. Il est gentil et obéissant. Il comprend vite qui donne à manger ! Il adore les câlins, les gratouilles autour des oreilles, et le brossage est pour lui, un pur moment de bonheur. Cela ne prend pas 15 jours avant que je puisse lui mettre et lui enlever le licou à ma guise. C'est encourageant. Il est toujours de bonne humeur et il me respecte.

La femelle, c'est une autre histoire : impossible de la toucher. Elle reste invariablement à une distance ou il m'est impossible de mettre la main dessus. Elle a l'air calme et tranquille, mais le lien ne se fait pas. Je peux entrer dans son boxe, nettoyer, mettre de la paille ; elle m'ignore. Si j'en fais autant, tout va bien. Si je suis dans son boxe et que j'essaie de la toucher, c'est la panique.
Parfois, quand je lui tourne le dos, je sens qu'elle s'approche, tout près, sans bruit, presque à portée de main... Cela prend des allures de jeu, alors je la suis. Petit à petit, un jour, un petit pas se fait en avant, le lendemain, deux pas en arrière.
Je fais de la dentelle au fuseau depuis longtemps et je suis habituée au travail de patience. J'avance sur mon ouvrage quelquefois à deux centimètres par heure.
Mais là, je n'en vois pas la fin ! C'est au point que je n'arrive même pas à lui trouver un nom !
Je peux la toucher un peu sur le cou, quand elle mange, c'est tout.
Un matin, revirement total de situation : elle se laisse toucher. Je peux lui caresser le dos, le ventre... En fait, elle n'est pas du tout en forme, ce jour-là. Elle n'a pas mangé de la journée et est restée au fond de son boxe.
Je me suis mise à penser que la naissance du petit était proche. Mais non, fausse alerte. Le lendemain est comme les autres jours : tu ne me touches pas, je ne te touche pas, ou alors peut-être... mais non, je reste à distance... Je te regarde avec mon petit air étonné, amusé même.
Le quotidien reprend son cours.
Je finis par lui trouver un nom. Je voulais un nom assez court pour pouvoir l'appeler facilement au cas ou j'en aurais besoin. En fait, je ne fais plus aucune illusion sur le fait qu'elle viendra un jour quand je vais l'appeler...
Alors, ce sera Mélusine. Très court comme nom !
Pourquoi, me demanderez-vous ? Mélusine est une fée. Une fée bâtisseuse de surcroît. Elle a construit Parthenais, entre autres, et plusieurs châteaux. Elle a été une Bonne Mère de 8 fils.
Moi qui suis en train de monter mon entreprise, ce genre de fée, j'en ai besoin. Elle a tout de même un diminutif pour les urgences : Lulu.

Mélusine n'a pas de colère en elle. Elle regarde les humains, comme des bêtes étranges. On lit facilement dans ses yeux que nous ne sommes pour elle que des objets de curiosité.

Les trucs pour essayer de l'attraper, elle les connaît tous, inutile de se fatiguer pour ruser. Son truc préféré : les coups de sabot. Un jour, elle tape tellement fort dans le mur en ciment, qu'un morceau de ses sabots vole.

 Je suis très découragée et surtout inquiète pour elle : le petit arrive et je ne peux pas l'approcher, comment je vais faire si elle a besoin d'aide ?
Un mois et demi après son arrivée chez moi, Mélusine allume. J'arrive le matin dans l'âsinerie et je la trouve de très bonne humeur (je vous jure que ça se voit), elle se laisse approcher (j'essaie tous les jours sans succès), elle se laisse caresser.
Elle fait même quelques petits pas de côté pour que je puisse la toucher. Je n'en reviens pas. Je me dis : "ça y est, enfin, elle a compris ! "
Je suis contente, Lulu a fait ma journée. Je suis même fière du résultat de mon travail. Brève illusion...

Ce que je retiens de cette période d'adaptation avec mes ânes, c'est que je me suis embarqué dans une aventure avec deux êtres complètement dépendants de moi alors que je ne me sentais pas capable de répondre à leurs attentes à cause de mon ignorance. J'ai eu beaucoup de chance, encore une fois. Pollux aurait pu être un étalon irascible et violent. Mélusine aurait pu avoir un ânon avant terme.

Avec du recul, je ne peux que conseiller à ceux qui veulent absolument acheter un âne d'être plus prudents que moi !

 

Auteur : Christian Voillemont infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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