L'aventure continue...
Une semaine après ma visite chez les ânes, je ne savais plus quoi penser, ni quoi faire.
Je reçois un coup de téléphone : La propriétaire des animaux me demande si je les veux, car elle aurait quelqu'un d'intéressé à les prendre.
Sans réfléchir, je réponds : » oui, bien sûr que je le les prends ! » L'histoire de l'autre client est une farce, j'en suis consciente, mais peu importe.
J'en profite pour lui annoncer que nous viendrons, mon mari et moi, les voir le samedi suivant et discuter des conditions.
Nous arrivons là bas, mon mari, mon fils et moi. Nous allons dans la grange.Les ânes ont maintenant un licou. Les propriétaires s'imaginaient qu'on allait les prendre tout de suite ! On a dû parlementer pendant une heure pour 100 $ de rabais et la livraison à un prix raisonnable...
Retour à la maison, encore une fois. Mon mari est écoeuré par les conditions de vie de tous les animaux de cette maison.
Seulement, j'ai plusieurs petits problèmes : des ski-doos ont détruit ma clôture et je ne peux pas parquer mes animaux dehors. La grange est nettoyée sommairement, mais 20 ans de cochons, ça laisse des traces... Je n'ai pas d'eau dans la grange, car nous l'avons coupé avant l'hiver... Je n'ai pas de foin... Bref, je ne suis pas prête à recueillir des animaux !
Dans la semaine, je travaille comme une folle : je nettoie deux boxes qui servaient de pouponnière à cochons, à sec, à grands coups de balai, j'installe de la paille qui reste entreposée à l'étage de la grange, j'achète à la Coop abreuvoir, licous, laisse, fourche, moulée... Pour finir, je vais mendier chez mon voisin, éleveur de vaches, un rouleau de foin qui devrait suffire à les nourrir pour le reste de l'hiver.
Le 1er février, enfin, le camion arrive. Mes deux ânes sont libres dans une remorque qui pourrait contenir 4 chevaux ! J'espère qu'ils ne se sont pas blessés pendant le voyage. À première vue, ça va. Ils sont terrorisés, les yeux fixes pointés vers le sol.
J'ouvre les portes pendant que mon mari tient le mâle en laisse et une autre personne tire la femelle. En fait, il tire, il pousse, la secoue sans ménagement. D'autorité, je lui prends la laisse et j'emmène l'animal dans son boxe. La peur la rend docile. Cela paraît contradictoire, mais cela se reproduira.
Les voilà enfin à la maison !
Je passe le reste de la journée à les observer. Les deux boxes dans lesquels je les ai placés sont mitoyens et une porte permet d'avoir accès à l'un ou l'autre.
Le mâle se laisse approcher, mais la femelle ne veut rien savoir, elle nous observe, ni apeurée, ni inquiète, l'air un peu amusé, parfois, il me semble.
Le lendemain, mon fils arrive à enlever le licou au mâle, mais il est toujours impossible de toucher la femelle. Il me faudra patienter 15 jours pour enlever le licou à la femelle : un jour, elle est assez proche pour que je la chope par le licou. Je la maintiens. À ma grande surprise, elle ne bouge pas. Elle est comme tétanisée, comme si elle était ficelée au complet. J’en profite, bien sûr, et je la libère de son affreux licou. Elle n'a plus de poils en dessous. Cela m'inquiète un peu, car je la touche et des touffes entières viennent dans mes mains. Je me sens un peu perdue et je vais souvent poser des questions sur le forum. Je tiens Cricri occupé au quotidien !
Première chose que j'apprends à mes dépens : Jamais de moulée à chevaux pour des ânes. Mes deux Ostrogots, enfermés dans un boxe avec de la moulée comme nourriture, c'est détonnant ! Ça saute, ça coure, ça se mord. Le mâle veut grimper la femelle qui le frappe à tout bout de champ... C'est le chaos dans mon âsinerie.
Je cesse la moulée et le calme ne tarde pas à revenir (environ une semaine). Mais la femelle botte le mâle pour un oui ou pour un non. Elle est toujours affamée et elle frappe son compagnon pour une poignée de foin. Je lui donne de l'orge en complément, ça ne suffit pas.
C'est assez, je décide de les séparer, car le mâle prend parfois des coups dans le poitrail d'une violence inouïe ! En plus, j'ai peur que la femelle ne perde son petit à force de faire toutes ces cabrioles. J'ai un troisième boxe dans la même rangée qui est acceptable. Je prends le mâle au lasso et je tire. Rien à faire : le foin, l'orge, les carottes, la négociation, les gentillesses, les ordres, les cris, rien. Dans ses yeux, je lis qu'il préfère mourir que de sortir de ce boxe. Qu'à cela ne tienne, je remets la porte entre les deux boxes et le tour est joué.
Maintenant ils se regardent dans le blanc des yeux, à une distance raisonnable...
Ce que j'ai appris de cette entrée en matière ?
On ne s'improvise pas ânier !
Une bonne préparation est nécessaire. Un abri et un enclos convenable. De l'eau, du foin en quantité et une grande disponibilité. Mes animaux ont un vécu que je ne pourrais jamais imaginer. Je présume et je déduis certaines choses, mais je suis convaincue d'être loin de la vérité. Ils ont été maltraités, c'est évident. Non seulement je n'y connais rien aux ânes, mais encore moins en thérapie anesque !
Si j'avais un seul conseil : pour un premier âne, achetez une bête équilibrée, il fondera l'équilibre du troupeau.
Troupeau, j'ai dit ? Oui, j'oubliais, quand on achète un âne on ne peut concevoir d'en avoir moins que dix...
Retrouver Valérie et parler de son expérience sur le forum des ânes du Québec
Les Commentaires