Je suis au bout de mon pré avec mon chien, la maison est au loin.
Quoi faire avec ce champ ?
Quelques semaines plus tard, je prends la décision de partir ma ferme d'herboristerie.
Je parle avec mon amie des produits que je peux fabriquer : pourquoi pas des savons au lait d'ânesse en plus des plantes ?
J'ai l'habitude des animaux, je sais traire une chèvre et une vache, une ânesse, ça ne doit pas être la fin du monde !
Sitôt dit, sitôt fait, je pars à la recherche de mon nouveau Graal : une ânesse !
Le Graal doit sûrement être plus facile à trouver. Je multiplie les coups de téléphone et les recherches internet.
Je parle à de nombreuses personnes, et pas d'ânesses pour moi. Une est trop jeune, l'autre est trop loin, la dernière est vraiment très chère...
J'apprends, au cours de mes recherches, qu'une ânesse ne suffira pas, il lui faudra un compagnon pour ne pas qu'elle s'ennuie...
Pendant ma quête de l'ânesse introuvable, j'apprends beaucoup de choses : la différence entre un âne et le cheval au niveau du comportement et des soins, par exemple.
Ce qui attise ma curiosité, c'est à quel point l'âne est mal considéré par les personnes qui le font travailler alors que ceux qui les affectionnent ne cessent de dire que c'est l'être le plus attachant au monde.
Quand on est gentil, on mange des coups ?
Un matin, une amie me dit : « J'ai le téléphone de quelqu'un qui vend des ânes ! »
J'appelle tout de suite.
L'homme a en effet un couple d'ânes à vendre. La femelle est gestante. Ils ont entre 3 et 5ans.
Pour les novices, il faut savoir que tous les ânes que vous trouverez à vendre ont cet àge là !
Les animaux viennent de l'Alberta, il a acheté un troupeau de 8 bêtes l'année dernière...
Je vais donc les voir. Nous sommes au plus froid de l'hiver, à la mi-janvier.
J'arrive dans un endroit extrêmement malpropre (la maison des propriétaires) et je dois endurer toute une lithanie de blagues vaseuses en restant polie et souriante...
La femme m'emmène voir les ânes. Ils sont au fond d'une grange. Pour y arriver, nous devons traverser tout le bâtiment où sont parqués toutes sortes de volatiles.
L'odeur est pestilentielle. Heureusement qu'il fait très froid, ça pourrait être pire !
Je découvre dans l'obscurité deux têtes avec des grandes oreilles. Le mâle s'approche de suite. Je le caresse et j'en profite pour regarder ses dents.
Elles sont courtes et bien carrées. C'est le signe qu'il est relativement jeune. Il s'éloigne de quelques mètres, me regarde et lève les pattes comme pour me botter.
C'est l'occasion pour moi de constater que ses testicules sont à peine descendus. Cela confirme l'hypothèse de sa jeunesse.
La femelle est beaucoup plus timide. Elle me regarde de face, mais ne s'approche pas.
Elle ne donne aucun signe de mécontentement et paraît curieuse quand je la prends en photo : elle reste là, presque à poser.
En revanche, pas question de la toucher. Elle attend un petit, c'est évident.
Ils ont l'air si vulnérables !
J'observe le sol : C'est une croûte noirâtre indéfinissable d'au moins 50 cm d'épaisseur.
La femme leur donne un peu de foin pour les faire approcher. Nulle part je ne vois de réserve d'eau.
J'apprendrais plus tard, qu'ils leur jettent de la neige à même le sol pour toute boisson.
Nous retournons à la maison. Je pose des questions. La date de gestation de la femelle ? Ils l'ignorent. Le mâle est-il le père du petit ? Y-a-t-il un lien de parenté entre le mâle et la femelle ?
Ont-ils des papiers pour justifier leur provenance, leurs achats et les vaccins ? Je n'ai aucune réponse franche et tangible.
J'essaie au moins de discuter le prix. Blocage total.
Je rentre chez moi, disant que je vais réfléchir, trop découragée par l'attitude des vendeurs.
Je rapporte mes photos et mon découragement à la maison. Pendant une semaine je fais des recherches sur internet.
J'apprends que c'est un gros risque pour une novice d'acheter des animaux qui ont sûrement un lourd passé.
Tanpis, on verra, je prends le risque.
J'apprendrai de mes erreurs.
C'est l'essence de cette chronique : je suis totalement novice en ce qui concerne les ânes.
Je décrirais donc les différentes questions que je me suis posées et les problèmes que j'ai dû résoudre au jour le jour.
Prochainement, je raconterai l'arrivée des ânes, comment je les ai installés, comment j'ai appris à les connaître, la nourriture, le choix des noms, la naissance de bébé, les visites du vétérinaire puis du maréchal-ferrant.
Au cours des mois, il va être question de les sortir aux champs, des chaleurs de la femelle, de la période propice pour qu'elle ait de nouveau un petit...
Mon souhait, c'est que chaque personne nouvellement propriétaire d'un âne puisse dire : "Il n'y a pas qu'à moi, que ça arrive ! "
Retrouver Valérie et parler de son expérience sur le forum des ânes du Québec
Les Commentaires