Les ânes lors de la guerre de 1914/1918
Article mis en ligne le 15 décembre 2020
dernière modification le 16 décembre 2020

par christian

La terrible guerre de 14/18 fut terrible pour les hommes, mais aussi pour les ânes.

En temps de guerre, on estime qu’un âne accomplit à lui seul le travail de sept hommes

11,5 millions d’équidés (avec ânes et mulets) ont participé au conflit, dont 6 millions pour la Russie, 2,5 pour l’Allemagne, 1,45 pour la France et 1,2 pour la Grande-Bretagne.

L’exposition « L’âne en guerre et autres animaux soldats » invite le public, notamment les plus jeunes, à découvrir les ânes, chevaux et mulets, précieux auxiliaires aux côtés des Poilus tout au long du conflit. Parler des animaux soldats c’est aussi aborder l’histoire des hommes et des femmes qui vécurent des moments difficiles et douloureux. Voir la brochure de l’exposition en pdf

Les ânes n’ont pas été recensés officiellement par l’armée. Mais on estime à 274 000 le nombre d’ânes déployés lors du conflit. Les ânes ont partagé la misère et les souffrances des hommes dans les tranchées au plus près des combats. Par petits groupes de 10 à 15, les ânes assuraient le ravitaillement des tranchées.

Aussi bien au service de l’infanterie que du génie, ils sont les auxiliaires du transport qui ont travaillé le plus près de la ligne de feu. Leur petite taille leur permettait de se faufiler partout dans les étroits boyaux des tranchées. Ils acheminèrent les vivres, les armes et les munitions, les matériaux pour construire ou réparer les tranchées, le courrier, la popote et ramenèrent les blessés vers l’arrière.

Aimés et choyés par les Poilus, ils ont souffert les mêmes peines, ils ont été exposés aux mêmes dangers. Ils meurent de froid, d’épuisement ou noyés dans des trous d’obus boueux, ils sont exposés aux tirs d’artillerie, de crapouillots, de torpilles, à la mitraille. Ils vivent l’enfer quotidien et chaotique des poilus.

En montagne, ils étaient particulièrement appréciés, dans les Vosges, dans les Alpes accompagnant les chasseurs Alpins.

Pour les préparer au combat, les ânes subissaient une opération qui consistait à lui trancher verticalement la lèvre supérieure sous la narine et parfois sous les deux. L’animal renonçait à braire comme il en avait l’habitude, car chaque fois qu’il le tentait, une douleur fulgurante, à la hauteur de la coupure l’en empêchait. Ils étaient aussi rendus sourds par des coups de feu près des oreilles.

Les ânes pendant la terrible bataille de Verdun

Ils étaient environ 5 000 dans le secteur de Verdun, au plus fort de la bataille.
Les problèmes de ravitaillement étaient tellement importants qu’ils n’avaient pas leur ration de foin complète et que s’ils ne mouraient pas tués sur les champs de bataille, ils mourraient d’épuisement et de faim !
Le ravitaillement des soldats était crucial pendant la bataille de Verdun. Les tests militaires déterminent une charge de 50 à 75 kg par bête (presque la moitié de leur poids), qui atteindra vite 100 kg ! Ils chargeaient les plus grands ânes jusqu’à 150kg et leur faisaient parcourir jusqu’à 80km par jour !

L’âne Constantin est mentionné dans les archives du Mémorial de Verdun. Il fut blessé par un obus. Se retrouvant sans oreilles et avec un œil en moins, les soldats qui en avaient la charge choisirent de le garder auprès d’eux, comme s’il s’agissait d’une gueule cassée.

L’âne Murphy, reçut une décoration pour avoir transporté un blessé secouru par son maître tombé sous le feu de l’ennemi.

Les ânes avaient leur Hôpital à Neuville les Vaucouleurs près de Verdun.

« Au cours de la guerre 1914-1918, l’une des granges du village servait d’hôpital pour les ânes blessés sur le secteur de Verdun. Trois cents animaux y étaient soignés en permanence et repartaient vers le front dès leur guérison. Ils servaient principalement à atteindre les soldats en première ligne afin de les ravitailler en subsistances ou munitions.

Entre Neuville et Vaucouleurs, au lieu dit « La Murière » était située la fosse où étaient jetés les cadavres des animaux n’ayant pu survivre à leurs blessures. Monsieur Raymond Boissy a marqué un témoignage de reconnaissance en élevant à Neuville, un monument en 1996, face à la mairie, à la gloire des doux petits ânes, exploités jusqu’à la mort au cours de cette guerre 1914-1918. Il a créé l’association des « Amis des Ânes ». Par suite de divers passages à la radio ou à la télévision des anciens combattants de 14-18 lui écrivent pour lui dire l’admiration et la reconnaissance qu’ils ont pour les ânes, sans lesquels ils n’auraient pu tenir le front de Verdun.
Monsieur Boissy n’a pas voulu que ces témoignages se perdent, il s’est fait un devoir d’écrire un livre. ».
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Neuville-l%...aucouleurs

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Témoignages :

« Sur leur dos étaient installés tout notre ravitaillement, le pain, la norvégienne de soupe, la viande, les piquets, les bobines de barbelés, sans oublier le pinard, le tabac et le courrier. »
E. Desplaces, octobre 1918

« Ils n’ont pas eu une protestation, mais des mots de tendresse et de pitié. Tiens, voilà les petits… Pauvres bestiaux ! Ils ont froid comme nous… Ce sont nos frangins de misère. », extraite du livre de Paul Truffau 1914-1918 quatre années sur le front : carnet d’un combattant, Imago, 1998, 130 pages.

« J’ai vu l’intelligence des ânes qui se couchaient sous les bombardements. Nous avions des ânes attelés pour traîner des voiturettes chargées des mitraillettes et de leurs munitions. Il y en avait de toutes petites tailles qui pouvaient circuler dans les boyaux apportant le ravitaillement et qui économisaient ainsi la vie des hommes. Ces ânes venaient eux-mêmes à notre position, nous les déchargions et ils faisaient demi-tour pour repartir aux cuisines. »
H. Cadoux
Classe 1915, mitrailleur de la 1re division de cavalerie démontée.

« En pleine nuit, deux territoriaux conduisent le troupeau, un devant, l’autre derrière. Amener les matériaux et les munitions est un énorme travail pour ces petites bêtes. Quel chargement et quel poids pour elle ! Chaque fois que l’une d’entre elles trébuche et tombe, il lui est impossible de se relever, elle n’en a pas la force. Quand elle est trop épuisée, on la décharge et on la laisse sur place... »
Georges Lahaut
Capitaine, classe 16, 279e régiment d’Infanterie.

« Deux soldats peuvent conduire 12 à 15 ânes. L’économie de main-d’œuvre est considérable(...) le muletier nous confia à chacun 5 bourricots d’Afrique, guère plus hauts que des chèvres. Mes ânes devaient porter deux torpilles de 50 kg, une de chaque côté du bât, ceux de mon camarade transportaient de l’eau, des grenades et des cartouches.(...) Nos bêtes restaient passives, l’œil résigné et indifférent, d’une extrême docilité. Chargés outre mesure pour leur gabarit, ils acceptaient leur charge sans se plaindre »
Léon Moreau
Classe 17, 16e corps, 290e Régiment de ligne.

Les Australiens ont élevé une statue pour honorer leur courage
la statue de « Simpson and his donkey ». John Simpson Kirkpatrick enrôlé dans l’unité des ambulanciers en 1914 fait partie de ceux qui ont été envoyés à la première grande bataille australienne, celle de Gallipoli, le 25 avril 1915. Devenu un symbole de bravoure et de compassion, Simpson est connu pour avoir utilisé son âne pour transporter de l’eau au front et rapatrier les blessés à l’abri. Après moins de 4 semaines d’activité, il sera fatalement blessé. Il incarne ainsi pour les Australiens, l’esprit du sacrifice.

« The Man with the Donkey » statue, Shrine of Remembrance, Melbourne. Memorial to John Simpson Kirkpatrick who was killed 19 May 1915 at Gallipoli.
The plaque on the far side reads :
Private John Simpson, 3rd F.A. A.I.F.
After landing at Gallipoli, Simpson with his little donkey worked alone day and night taking water to the front line and carrying the wounded back to the dressing stations. He and his donkey were killed by a shrapnel shell on 19.5.15. Simpson was mentioned in despatches by Sir Ian Hamilton, Commander-in-Chief of the Mediterranean Expeditionary Force.
Photo by Gsl, 3 October 2004.
Wikimedia Commons

Les mulets

Le mulet, fruit de l’âne, était un combattant «  officiel  » de l’armée française.
Les animaux «  officiels  » étaient : le pigeon, le cheval, le mulet, le chien
Ils étaient immatriculés, reconnus… pas l’âne !